Le singe vient réclamer son Crâne

singeLe Singe vient réclamer son Crâne de Iouri Dombrovski

Pour comprendre ce livre, je crois qu’il faut connaître un tout petit peu la vie de ce Iouri Dombrovski (1909-1978)

La vie de Dombrovski est marquée par les persécutions de la dictature stalinienne. En 1932, alors qu’il est encore étudiant, il est arrêté une première fois (pour « avoir empêché par son action l’assemblée générale des étudiants de statuer sur une affaire importante »), et assigné à résidence à Almaty au Kazakhstan. Sans raison valable, il est incarcéré pour six mois, en 1937. En 1939, les autorités communistes l’enferment dans un goulag de la Kolyma (extrême nord-est sibérien). Gravement malade, il a la chance d’être autorisé à revenir à Almaty en 1943. La troisième et ultime arrestation a lieu en 1949, dans le cadre de la lutte contre la menace cosmopolite (Dombrovski était d’origine rom): cette fois, Dombrovski est déporté à Taïchet, près d’Irkoutsk. Quelques années après la mort de Staline, il est libéré, puis réhabilité et autorisé à revenir à Moscou, en 1957. En tout, il aura donc passé un quart de siècle relégué ou emprisonné. Dombrovski se consacre ensuite à la littérature, activité qu’il avait débutée en exil. Il meurt quelques semaines après avoir été battu par des inconnus, sans doute des agents du KGB, peu après la publication à Paris de son chef d’œuvre La faculté de l’inutile.

Dombrovski fut écrivain, historien anthropologue, archéologue, poète, juif, tzigane, polonais et russe. Ce roman lui ressemble en tout point: vaste, profondément impliqué, très politique et très très intelligent. Je ne saurait le résumer correctement parce qu’il m’a totalement bluffé, je reste encore sans voix face à la qualité d’écriture extraordinaire de Dombrovski et à l’ampleur de son roman. Je fais donc une autre citation du site des éditions Verdier qui en parle très bien:

Ce roman, son premier texte achevé, déjoue toutes les attentes. Car en pleine guerre patriotique, au fond du Kazakhstan, il invente un pays ressemblant à une France possible que les nazis occupent, il invente une famille ordinaire où des humanistes résistent, d’autres trahissent, il invente des officiers nazis falsifiant des fossiles pour rester crédibles, il invente un monde redevenant primate. Il invente tout. Mais, en 1949, son roman sera qualifié de « cosmopolite fasciste », et son auteur renvoyé pour dix ans en Sibérie. À son retour, les revenants des camps sont des hommes en trop, qui n’auraient jamais dû réapparaître. Alors, en 58, il reprend son roman et se remet à inventer. Il invente un prologue, une Europe de guerre froide où l’anticommunisme est militant, il invente que d’anciens collaborateurs reviennent fonder des journaux de gauche. Et que d’anciens tortionnaires resurgissent, en ville, et se promènent dans les rues comme s’ils n’étaient jamais partis…

Ce roman visionnaire, selon beaucoup de critiques, nous fait vivre des moments intenses au coeur de la répression nazie. Deux histoires se croisent: celle du journaliste, Hans Maisonnier, qui dirige la rubrique juridique de son journal départemental et qui retrouve un certain Gardner; et l’histoire de sa vie lorsqu’il était enfant, où il nous explique comment il a rencontrer Gardner, l’un des chefs de la Gestapo, tortionnaire hors pair et peut être assassin de son père. L’histoire de Hans enfant et de sa famille est le coeur du roman. Nous apprenons comment son père, scientifique renommé et humaniste intègre, a lutté contre la propagande nazie au prix de sa vie et de celle de ces compatriotes. Nous découvrons également les débuts des répressions allemandes, les mensonges et les corruptions sans limite. Sans les nommer, Dombrovski dénonce ceux qui ont transformé notre Histoire. Il règne un flou terrible dans ce récit, un brouillage permanent qui perd un peu le lecteur. La peur est omniprésente et le suspense aussi. Comme un roman policier, il nous amène lentement vers un dénouement évident mais il manie tellement bien son intrigue que l’on se laisse entraîner, malgré nous. Il y a du mystère aussi, de l’émotion évidemment, les joies d’un jeune garçon encore innocent et les inquiétudes d’une mère, femme et soeur.

Ce texte est plus que complet. C’est magnifique dans sa dureté. Paradoxalement, l’écriture est limpide et sans accro. C’est un mélange de roman policier, une histoire politique dense, un roman historique avec un brin de philosophie. C’est de la très grande littérature.

Voila un roman que je garde précieusement, c’est génial!!

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Catégories :COUPS DE COEUR, LECTURES, Littérature Russe

8 réponses

  1. Merci pour le conseil. C’est noté..(mais il y en a trop)..

  2. le titre est intriguant en tout cas! le sujet risque de me plaire, je ne fais que lire des livres dessus!

    • Moi aussi je lis beaucoup sur le sujet, ça doit être la période, je ne sais pourquoi. Celui-ci est différent de ce que j’ai pu lire!

  3. Je n’ai jamais entendu parlé de cet écrivain (mais pas que à ce que je vois). Le titre est très accrocheur. Je le note pour plus tard…
    Je trouve ton billet très bien écrit 😉

  4. Très belle critique! Bravo, le livre est touut à fait tentant.

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