Là où les tigres sont chez eux

Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès chez Zulma

Attention roman foisonnant, dense, lourd, sans pareil, long et extrêmement documenté.

Vous connaissez tous, de nom du moins, ce fameux roman, prix Médicis 2008. Je l’ai offert à l’époque car j’étais persuadée de la qualité du texte. Je me suis enfin décidée à le lire. J’en suis émerveillée.

Ce roman est un gouffre d’intelligence et d’érudition. Je crois, sans trop me tromper et en étant d’accord avec une de mes collègues, que c’est l’un des plus grands romans du XXIème siècle. Je n’en ai jamais lu de tel.

Eléazard von Wogau est correspondant de presse au fin fond du Nordeste brésilien. On lui laisse un jour un fascinant manuscrit, biographie inédite d’un célèbre jésuite de l’époque baroque. Commence alors une enquête à travers les savoirs et les fables qui n’est pas sans incidences sur sa vie privée. Comme si l’extraordinaire plongée dans l’univers d’Athanase Kircher se répercutait à travers les aventures croisées d’autres personnages, tels Elaine, archéologue en mission improbable dans la jungle de Mato grosso, Moéma, étudiante à la dérive, ou bien Nelson, jeune gamin infirme des favelas de Pirambu qui hume le plomb fondu de la vengeance.

En quelques lignes, voila donc ce dont il s’agit. On se s’attend somme toute pas à lire un livre d’une telle ampleur. Alternant passé et présent, vies de différents personnages dans un même chapitre, chaque étape est comme une avancée vers la connaissance. Les personnages ne cessent de se dévoiler, et plus on avance, plus nous sommes empêtrés dans cette histoire incroyable qui mêle aventure, intrigue, érudition, mystère, histoire et Brésil. Les personnages sans liens apparents sont décryptés en lien étroit avec le récit de la vie de ce fameux Kircher.

Outre l’étoffe impressionnante des personnages, l’ambiance est aussi imprégnante, brulante et moite tout le long du livre. Tout est tellement parfaitement décrit que l’on ressentirait presque cette humidité constante sur nous. On a presque soif à force de lire et tourner les pages au rythme effréné des réflexions de notre héros et des rebondissements surprenants. Ils ne sont pas non plus extraordinaires mais ils accrochent.

Le tout est évidemment embaumé d’intelligence. L’écriture de Blas de Roblès est juste parfaite: fluide, précise, accrocheuse, dynamique et souple.

Les dix années de travail pour façonner ce texte sont parfaitement récompensées.

Un très très grand roman qui ne laisse pas indifférent. Un très grand merci aux éditions Zulma pour ce texte sans pareil!

« Ce roman encyclopédique et mystificateur, truffé d’élucubrations picaresques, réjouit et fascine. C’est l’érudition au service du feuilleton universel. Umberto Eco revu par Indiana Jones chez Malcom Lowry, avec un zest d’African Queen et de Lévi-Strauss chez les Nambikwara. Non, les tropiques ne sont pas si tristes ! C’est jésuite jusqu’à la moelle, amazonien à coeur, bariolé de bifurcations débridées. Un caméléon de huit cents kilos. Une merveilleuse, une vertigineuse galaxie spirale de cette rentrée romanesque. »
Patrick Grainville, Le Figaro littéraire.

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Catégories :COUPS DE COEUR, LECTURES, Littérature Française

30 réponses

  1. Ce roman me faisait plutôt peur, jusqu’au jour où j’ai recontré l’auteur. Après une heure d’échanges, je me suis dit que je me lancerai sans doute un jour.

  2. Comme Aifelle, je me laisserai sûrement tenter (mais je n’ai pas rencontré l’auteur : une heure d’échanges, elle m’épate !)

    • On peut être un peu retissant au début parce qu’il est énorme et parait très intello mais on passe vite le cap pour notre plus grand plaisir!

  3. Un roman bien touffu, dont on a peu parlé sur les blogs. Dommage, c’est vraiment à lire!

  4. J’hésitais un peu à lire ce livre mais ton billet m’a convaincue. Le roman du (début) du XXIème siècle, je ne peux pas rater ça…

  5. Noté depuis longtemps, il faudra que je lui trouve du temps

    • Et il mérite le détour c’est sûr. Mais il faut être objectif quand même, ce roman nécessite une attention énorme et le lire par intermittence est difficile. D’une traite c’est le mieux même si c’est impossible. 😉

  6. J’ai lu ce livre il y a quelques temps après des mois à le regarder sur mon étagère et à repousser sa lecture.
    Comme toi j’ai été très agréablement surpris, l’histoire m’a complètement happée et malgré une écriture riche et touffue je n’ai pu me décrocher de sa lecture.
    Tu décris très bien ce que l’on ressent quand tu dis sentir la moiteur de la forêt en même temps que les personnages … les croisements entre ces derniers sont aussi très intéressants à suivre.
    En bref, un roman que je recommande également. Il ne faut surtout pas s’arrêter à l’impression de difficulté qu’il dégage mais au contraire se lancer à corps perdu dans sa lecture dès que vous le pouvez !

  7. j’adore ton troisième paragraphe ! 😉

  8. Très tentant, tant pour l’histoire que pour l’histoire du livre en lui même. Mais j’ai trouvé les qqs passages que j’ai lu assez difficiles, sans doute me faudra-t-il plus de disponibilités d’esprit pour le lire!

    • C’est indéniable! Pour pleinement apprécié ce roman il faut s’accrocher dans le temps. Il faut être prêt et le lire sans trop de coupures. Mais ça en vaut la peine!

  9. Punaise, heureusement que je ne l’ai pas sous la main là, tout de suite, je me jetterais dessus, beau billet !

  10. Je ne l’avais pas lu car j’avais peur que ce soit un truc indigeste. Ton billet pourrait bien me faire changer d’avis!

    • J’espère que mes billets ne servent pas à rien. Si je peux te convaincre de lire et d’aimer ce roman, c’est gagner!!

  11. C’était tout simplement au salon du livre de Rouen, en juin dernier. Rien à voir avec celui de Paris, ce n’était pas la foule, les auteurs étaient présents toute la journée, on pouvait discuter très facilement avec eux. L’échange avec lui avait lieu à 10 h du matin, nous n’étions qu’une petite dizaine à être là. Dommage pour lui, tant mieux pour nous.

    • C’est vrai qu’à Paris, la foule fait peur et on n’a pas le temps de profiter des stands et des auteurs. Tu as eu beaucoup de chance.

  12. Avec un billet pareil, je crois que je ne peux qu’aller l’acheter dès que je sors de chez moi. Bon là, vu l’heure, j’attends au moins demain. 😉 Très beau billet, on ne peut qu’avoir envie.

  13. Pareil, l’épaisseur me fait retarder le moment de l’acheter et de le lire mais il est noté depuis longtemps !

  14. je ne l’avais pas fini, trop ennuyeux! malgré tous les avais positifs!

  15. J’adoooore ton billet. Le livre me fait un peu peur mais je tenterai certainement le coup… un jour!

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