Campo Morto

Campo Morto de Jean Thuillier chez Corti

Un roman noir à ne surtout pas lâcher, vous serez prévenu!

Je pourrais m’arrêter là, tout simplement car ce roman très dense est carrément génial!

Une histoire sombre, voire même très sombre et surtout très floue. On ne sait pas trop pourquoi les évènements se passent ainsi, ni qui sont les personnages. Et pourtant, ça marche terriblement. Mais je parle, je parle, un petit avant goût serait bienvenue.

Après plusieurs internements, le docteur Franco Pisani, regagne contre toute attente son palais de Venise. Ses « amis » s’occupent de tout: confort, rencontres, avenir. Mais très vite, le docteur se sent comme emprisonner. Ses « amis » l’empêchent de s’échapper de cet environnement glauque. Pisani sait que tant qu’il n’aura pas livré son secret, le pire l’attend. Ses seules armes: sa connaissance extrême des poisons et sa détermination.

Après ma lecture, j’en reste encore troublée. Ce roman est sombre, très sombre, noir, très noir. Tout est flou. On ne sait pas pourquoi notre héros est interné, ni qui sont ces fameux amis, ni pourquoi il lui arrive toutes ces péripéties. Parce que l’intrigue même est conçue comme telle. Le docteur Franco Pisani est trimballé de droite à gauche, on lui raconte tout et n’importe quoi pour le garder sous l’engrenage de certains hommes mal intentionnés. L’écriture étant magnifique et très brute, l’effet de torpeur est accentué. C’est ce qui est très fort ici. Nous n’avons qu’une envie c’est de savoir pourquoi et de tenter de comprendre. Et nous ne sommes pas déçus, je vous le garantis. Car chaque personnage est une énigme tant pour le protagoniste que pour le lecteur. Les situations deviennent de plus en plus intrigantes, mystérieuses voire vaporeuses. C’est ça je crois, le brouillard est dominant dans cette histoire. Un brouillard qui se joue de nous avec une joie intense. Parfois, il s’efface pour nous libérer la route, et subitement, il devient d’une opacité tellement forte que nous sommes frustrés de ne pouvoir comprendre et notre envie d’avancer est décuplée.

Le narrateur est emprisonné et on ne sait pourquoi.

Il a des « amis » et on ne les connait pas, ni lui d’ailleurs.

Tout s’abat sur lui d’un coup et on ne sait pourquoi.

Il cache un terrible secret qui peut lui couter la vie et on ne sait lequel.

Ce dont on est sûr, c’est que Venise est parfaitement décrite, son côté lugubre et pas forcément très propre. Son mystère perpétuel et ses ruelles. C’est un cadre très intriguant qui se mêle parfaitement aux ambiguïtés déjà importantes de l’histoire.

Le héros va tenter de saisir la balle au bond et de lutter contre cet engrenage qui lui parait insaisissable. Sa stratégie restera tout aussi floue pour le lecteur. Ses réflexions peuvent se rapprocher de la folie et c’est pourquoi ce roman peut être très intéressant pour les adeptes de la psychanalyse et de la folie humaine. Même le lecteur devient parano et se demande bien qui est clean et à qui se confier.

Petit extrait:

Et je savais que c’était vrai, qu’il m’était impossible de fuir. J’étais apparemment libre d’aller, venir, mais dans le périmètre de la ville. Des escapades étaient possible sans doute jusqu’aux limites de la cité, et peut être de la lagune. Je me trouvais dans une place assiégée par un ennemi invisible, ou plus exactement dans une colonie pénitencière, où tout le monde autour de moi pouvait, à chaque instant, se transformer en gardiens. Mes geôliers étaient partout, et je ne les voyais nulle part. (…) Mais si, d’aventure, j’essayais de fuir, de m’échapper, tous les témoins de ma fausse liberté, que je côtoyais chaque jour (…), se transformeraient immédiatement en mouchards, en délateurs, n’hésitant pas, en attendant l’intervention de mes ennemis, à s’opposer par tous les moyens à mon évasion pour portéger leur sécurité et leur liberté, aux dépens des miennes.

Campo Morto est un roman foisonnant et oppressant où mafia, meurtres, entourloupes, mystères et folie règnent dans une Venise exempt de toute grâce. La tension est extrême et la noirceur globale du texte est très réussie, d’autant plus que tout va crescendo. Nous terminons ce roman à bout de souffle et pourtant encore remplis de questions, mais je dois m’arrêter là sinon je vais tout raconter!

Merci aux éditions José Corti pour cette découverte formidable.

Je ne vous conseille que trop ce roman noir, glauque, fou, qui ne mène nulle part, où les indices sont des faux semblants et qui déroutent tous lecteurs!

Bon courage et bonne lecture!

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Catégories :COUPS DE COEUR, LECTURES, Littérature Française, ROMANS NOIRS

4 réponses

  1. On me l’a souvent conseillé comme roman incontournable sur Venise (« on » étant peut être la même personne qui te l’a conseillé??) je n’ai jamais été tentée, sachant qu’elle et moi, on n’a pas du tout les mêmes goûts en littérature…
    mais là, forcément, connaissant bien tes goûts à toi, je ne peux pas ne pas te dire « tu veux bien me le prêter dis s’teu plait ????)

  2. Dès demain ma poule! Je pense que tu vas adoré. Mais elle ne me l’a pas conseillé, ça fait un moment qu’il me fait de l’oeil!

  3. Un roman sombre, noir même, une écriture magnifique, du mystère…. il me le faut !
    🙂

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