Le Refus

Le Refus d’Imre Kertész chez Babel

Avez-vous lu Etre sans Destin: l’histoire d’un adolescent qui raconte son expérience des camps de concentration ?

Le Refus est une sorte de suite. En effet, il s’agit d’une autobiographie romancée à la troisième personne. C’est la pièce centrale d’un triptyque composé d’Etre sans Destin et de Kaddish pour l’Enfant qui ne naitra pas. Je ne vous conseille que trop de lire ces romans d’une puissance imparable. Imre Kestesz reçu le prix Nobel de littérature en 2002 d’ailleurs.

Je crois que pour bien comprendre cette trilogie, il faut réellement les lire dans l’ordre. Je ne vous ferais qu’un petit descriptif d’Etre sans Destin, lu il y a quelque temps déjà (avant ce blog):

De son arrestation, à Budapest, à la libération du camp, un adolescent a vécu le cauchemar d’un temps arrêté et répétitif, victime tant de l’horreur concentrationnaire que de l’instinct de survie qui lui fit composer avec l’inacceptable. Parole inaudible avant que ce livre ne vienne la proférer dans toute sa force et ne pose la question de savoir ce qu’il advient de l’humanité de l’homme quand il est privé de tout destin. Cette oeuvre dont l’élaboration a requis un inimaginable travail de distanciation et de mémoire dérangera tout autant ceux qui refusent encore de voir en face le fonctionnement du totalitarisme que ceux qui entretiennent le mythe d’un univers concentrationnaire manichéen.
Un livre à placer à côté du Si c’est un homme de Primo Levi.

Un bref résumé mais qui parle concrètement du sujet même du roman.

Quant à Le Refus:

Il s’agit là d’une biographie romancée qui débute justement au moment où Etre sans Destin est refusé par un éditeur de Budapest en 1970. L’écrivain est littéralement perturbé. Alors il raconte son quotidien, tout du moins dans la première partie du roman. Ses habitudes, son appartement, son quartier, ses secrets (des papiers qu’il avait caché au cas où…). Cette première partie traite véritablement de la recherche de soi et fait place à un questionnement perpétuel sur l’écriture. Pourquoi a-t-il écrit ce roman ? Pourquoi les lecteurs l’ont autant descendu ? Il reprend ce manuscrit, le travaille, le questionne.

Mais toutes ces réflexions vont l’amener à un autre roman, une phrase notée comme ça il y a longtemps qui lui donne l’inspiration. L’histoire d’un journaliste. Et voici comment Kertesz nous lance dans la seconde partie du roman. Un roman dans un roman. Cette fois, il s’agit d’un journaliste qui revient après une longue période d’absence dans sa ville. On ne sait ni pourquoi, ni comment ni quoique se soit d’autre d’ailleurs. Ce que l’on sait, c’est qu’il est là et qu’il va y rester. Le problème c’est que la politique a changé et le danger rode. Tout le monde peut se faire emporter dans un immense camion et ne plus jamais revenir. Vous devinez certainement ce dont il s’agit. En revanche, dans l’histoire, rien n’est dit, tout parait flou et diffus. Ce journaliste, Köves, perd son emploi, erre dans la ville et rencontre au fil de ces débauches, des personnages atypiques qui vont lui apprendre ce qu’il ne s’avoue pas. Il passera par de multiples stades tant personnels que professionnels. Toujours avec cette idée fixe d’être là, bien présent et de faire avec. La fin du roman est bizarre, tire-bouchonnée.

Au final, Le Refus est un roman circulaire qui pourrait n’avoir aucune fin, jamais. C’est un roman magique pour moi. Je n’ai pu le lacher. Le Matricule des Anges explique que cette seconde partie du roman serait un roman de jeunesse exhumé et accolé au début de l’histoire. Peut être. En tout cas, tout fonctionne parfaitement. Le coté humoristique, ironique et réaliste de la première partie s’allie idéalement avec le flou, l’atmosphère brumeuse et l’étrangeté de la seconde.

Le ton, l’écriture d’Imre Kestesz, son inspiration sont pour moi un véritable plaisir. Car malgré le sujet direct ou sous-jacent de ces romans, il y a une espèce de distance de sécurité incroyable. Une certaine magie se met en place et l’on se plonge allègrement dans cet univers plutôt sordide. Rien de morbide au contraire, ce serait plutôt proche de la philosophie pour débutant avec une écriture extrêmement littéraire et juste plutôt qu’un documentaire sur les camps et leurs rescapés. Avec pourtant une grande crudité et un réaliste troublant quant à la question de l’Holocauste, Imre Kestesz y ajoute sa patte, un je-ne-sais-quoi qui tend pour certain vers l’insolence.

A ne pas oublier non plus, la dose juste (une fois de plus) de l’humour. Son utilisation passe naturellement et c’est très agréable. Il fut spolié justement pour donner l’impression de considérer l’Holocauste comme une supercherie. Mais ceux qui lisent « réellement » cet auteur comprendront bien évidemment que Kertesz est un romancier hors pair qui a vécu ces atrocités, alors comment pourrait-il s’en jouer ?

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Le Refus: traduit du hongrois par : Charles ZAREMBA, Natalia ZAREMBA-HUZSVAI

Septembre 2006

352 pages

8,50€

978-2-7427-6285-9

Etre sans Destin: traduit du hongrois par : Charles ZAREMBA, Natalia ZAREMBA-HUZSVAI

Septembre 2009

368 pages

8,50€

978-2-7427-8489-9

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Catégories :COUPS DE COEUR, L. Hongroise, LECTURES

4 réponses

  1. Je n’ai pas encore lu ces romans mais je suis très intéressée par l’oeuvre de Kertesz. Et tu en parles très bien, as-tu lu le dernier de la triologie ?

    • Je n’ai pas encore lu le dernier de la trilogie. Il s’agit plus d’un monologue et d’une réflexion sur un enfant futur ou non qu’un roman. Je ne vais sûrement pas tarder parce qu’il cloture idéalement la série selon les critiques !

  2. Si le roman est accompagnée d’une réflexion sur l’Holocauste, pourquoi pas.

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