Comment Tuer un Homme

Comment Tuer un Homme de Carlo Gébler

Irlande, 1854. La Grande Famine vient de décimer l’île et une société secrète, les Ribbonmen, recrutant parmi les fermiers mécontents, parfois malhonnêtes ou avides, pratique sous couvert de moralité et de récupération des terres, le meurtre, la torture et l’assassinat terrifiant au prétexte de chasser l’occupant anglais. La cupidité n’est jamais loin. Le discours politique ou religieux cache l’intérêt et prépare le fossé qui séparera dans le sang les deux communautés. C’est dans ce contexte, alors que son prédécesseur a été atrocement mutilé par des gens qui le saluaient chaque jour, que le régisseur Thomas French arrive avec sa famille sur les terres d’une propriétaire anglaise installée depuis le xviie siècle. Venu pour trouver au cas par cas des accords avec des métayers irlandais ruinés par la disette, le régisseur est vite cerné par la terreur et deux hommes sont payés pour le mettre à mort…

Je suis obligée de vous mettre en avant la quatrième de couverture de ce roman noir plus qu’intéressant paru chez Phébus libretto. C’est tout simplement cette lecture qui m’a convaincu.

Voici donc un roman extrêmement bien construit qui met en avant les problèmes de propriétaires terriens face à un administrateur tout beau tout neuf et fraichement arrivé avec sa petite famille dans cette bourgade de Beatonboro’. Thomas French devient très vite la cible d’une mystérieuse société secrète, la Loge autrement dit les Ribbonmen. Tout doit filer droit avec ces hommes déguisés d’une façon très particulière qui rappelle sans mal le Ku Klux Klan. Lorsqu’ils ont une dent contre un homme ou une famille entière, mieux faire attention à tout, même à ses amis. C’est dans cette atmosphère pourrie, malsaine et corrompue que French va lutter pour faire établir une nouvelle donne pour récupérer des terrains.

Mais la Loge n’est pas de cet avis et une annonce de mise à mort est finalement proclamée contre French. A partir de là, les évènements s’enchainent et French lutte jour après jour contre des attaques sauvages, luttant pour sauver sa peau.

Inspiré des mémoires d’un administrateur en son temps condamné à mort par ses voisins, Comment tuer un homme est un roman noir, très noir, aux résonances contemporaines fortes.

Nous suivons avec avidité, oui je vous assure qu’on ne lâche pas ces quelques 500 pages, les maintes pérégrinations de French mais aussi, et surtout, de ces probables assassins qui usent de roublardises et de finesse pour réussir leur mission. Bourrus et cocasses, ils nous mettent face à une espèce d’humour potache qui n’est pas mal venu dans ce roman aux tendances sérieuses et réalistes.

Carlo Gébler, que je découvre grâce à ce roman, livre une écriture d’une très grande qualité, une histoire fine et parfaitement ciselée. Sans longueurs inutiles, il sait manier les différents évènements et personnages donnant au roman un dynamisme extrème. Alternant entre la situation de French, le jeune Tim et son histoire d’amour tragique avec la jeune Kitty, Isaac, Micky, Puck ou Rody, des personnages très haut en couleur, des souvenirs des personnages qui forment un lien essentiel pour comprendre l’histoire présente… Bref, un roman très complet qui se lit d’une traite (sans rire), avec beaucoup d’intensité et d’appétit.

Pour vous donner l’eau à la bouche, je cite le début du livre. Pour le coup, et c’est ça que j’aime dans la littérature, l’intrigue commence tout de suite, il n’y a pas de tergiversions infinies pour mettre en place un scénario long et sans punch. Comment tuer un Homme est excellent et commence comme ça:

Au fond, tous les récits sont des histoires de meurtre. Certains, épiques, mettent en scène des généraux, des champs de bataille, des régiments de cavalerie et d’infanterie, cependant que d’autres, modestes, ordinaires, dépeignent deux hommes dans une ruelle, leurs pistolets fourrés dans la poche arrière. Mais dans chaque cas, la victoire se mesure toujours de la même façon : le plus grand assassin l’emporte

Je ne vous recommande que trop de le lire. Nous apprenons beaucoup de choses sur l’Irlande notamment par rapport à tous ces conflits interculturels. Ce roman noir est un bel aperçu d’une Irlande coupée en deux.

Traduit de l’anglais par: Bruno Boudard

Février 2011

496 pages

12€

99782752905185

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Catégories :L. Irlandaise, LECTURES

24 réponses

  1. Je ne connais pas cet auteur, mais ce que tu en dis dans ce très joli billet me tente beaucoup. Je le note !

  2. Oui, tu titille ma curiosité aussi 😉

  3. Je ne connaissais pas du tout mais cela m’a l’air hyper prenant !!! Je note donc !

  4. Le titre n’est pas très engageant, mais pourquoi pas.

  5. Je l’ai achevé la semaine dernière et je vais mettre en ligne mon billet cette semaine. Je ne peux qu’être d’accord avec toi, ce livre est une véritable réussite, je ne l’ai pas lâché ! Dans mon billet je souligne également l’entrée en matière de Carlo Gebler « Au fond, tous les récits sont des histoires de meurtre » que je trouve géniale. Un vrai régal et j’ai également découvert Carlo Gébler par cette lecture et grâce aux éditions Phébus qui ont toujours un choix éditorial passionnant.

    • Un parfait accord du coup ! Je fais entièrement confiance aux éditions Phébus, ils sont excellents. As-tu lu du coup son autre roman, Exorcisme ? Je me le suis procuré et j’ai très hâte de le lire. Il m’a l’air d’être un peu flippant !

  6. Je constate avec tristesse que tu as vraiment décidé de me ruiner !
    🙂
    Je plaisante bien sûr mais je vais attendre le mois prochain parce que, comme d’habitude, je n’ai pas été très raisonnable dans la gestion de mon budget « bouquins » ce mois ci…

    • Pas de problème. ça prouve au moins que mes lectures te plaisent ! J’espère que tu le liras parce qu’il est vraiment excellent !

  7. Merci pour le conseil. C’est tentant..

  8. Je n’ai pas encore regardé ses autres livres mais j’avais effectivement vu qu’il y en avait un autre chez Phébus. Ton message m’intrigue, je vais aller regarder le sujet !

    • Je crois que c’est le seul traduit en français d’ailleurs. J’ai aussi hâte de le lire parce que découvrir un tel auteur est fantastique !

  9. Tentée par ce bouquin. Tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la Grande Bretagne et à l’Irlande m’intéresse. Je note!

  10. J’en prends note. Ton billet me donne envie de le lire. Merci

  11. C’est e n cherchant des avis sur ce titre qui m’a tapé dans l’oeil que j’ai découvert ton blog…

  12. Je suis en train de le lire. Non, je corrige, de le dévorer…

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