Ferdydurke

Ferdydurke de Witold Gombrowicz

Bon alors, soyons clair: quel roman !

J’avais lu il y a quelques temps Les Envoutés qui est excellent. Alors Ferdydurke était forcément le suivant.

Loin d’avoir accroché, je reconnais qu’il s’agit là d’un roman perturbant voire gênant sur l’identité, d’une qualité subtile et très intéressante.

Dans cette histoire pleine d’humour noir, Jojo Kowalski décrit sa transformation d’un homme de trente ans en un adolescent. Enferré dans sa vie adolescente où se succèdent les rixes entre bandes adverses, les combats de grimaces qui parodient les gestes de la messe, la vie de pensionnaire familial et les vacances à la campagne chez sa vieille tante, le narrateur est condamné à errer dans un univers qui n’est plus le sien.

Une fois que l’on sait un peu à quoi s’attendre, on se dit que ça va s’arranger. Mais que nenni ! Il n’en ai rien. Tout est louche dans Ferdydurke, on ne sait pas grand chose sur le pourquoi du comment. Tout se passe de façon alambiquée et délirante.

Kowalski se prend très vite au jeu, bizarrement. Il n’en sait pas plus que nous mais s’accomode très vite de cette situation floue et incompréhensible. Le monde de l’adolescence lui devient plus que familier, ajouté à ces fréquentations forcées qui osent tout: le pire comme le meilleur mais rien n’est très sain dans cette histoire.

Réflexion philosophique, roman burlesque considéré comme postmoderne avec du comique de situation mêlé à de l’érotisme mal placé. Un roman complexe qui pousse le narrateur et le lecteur dans ces retranchements et ses repères identitaires.

Dire que j’ai aimé est loin de la vérité. Dire que j’ai détesté est encore plus loin de la vérité. Je dirais donc que j’ai apprécié cette lecture mais sans plus. Trop de bizarreries mal placées pour ma part.

Les indications sur le contexte historique de l’oeuvre sur Wikipédia me semblent très pertinentes pour mieux découvrir Ferdydurke.

Considéré comme une pièce maîtresse du postmodernisme européen, Ferdydurke a été publié à un moment inopportun. La Seconde Guerre mondiale, l’instauration par l’Union soviétique d’un régime communiste en Pologne et l’exil de l’auteur pendant vingt-cinq ans en Argentine ont peu favorisé l’intérêt pour ce roman qui est une exploration singulière et étrange de l’identité. En Pologne Ferdydurke est diversement reçu. Certains, comme Bruno Schulz, le considèrent comme une provocation littéraire, comme un Don Quichotte de la littérature polonaise. Aujourd’hui, ce roman est reconnu comme ayant été un jalon significatif de l’histoire littéraire. Après la guerre, Albert Camus découvrant le livre dans sa traduction espagnole est immédiatement fasciné. Il écrit une lettre à Gombrowicz qui a émigré en Argentine. L’édition française de Ferdydurke en est postérieure.

Et pour en rajouter une couche, il faut lire la quatrième de couverture:

 » Je suis l’auteur de la « gueule » et du « cucul » – c’est sous le signe de ces deux puissants mythes que j’ai fait mon entrée dans la littérature polonaise. Mais que signifie « faire une gueule » à quelqu’un ou « encuculer » quelqu’un ; « Faire une gueule » à un homme, c’est l’affubler d’un autre visage que le sien, le déformer… Et « l’encuculement » est un procédé similaire, à cette différence près qu’il consiste à traiter un adulte comme un enfant, à l’infantiliser. Comme vous le voyez, ces deux métaphores sont relatives à l’acte de déformation que commet un homme sur un autre. Et si j’occupe dans la littérature une place à part, c’est sans doute essentiellement parce que j’ai mis en évidence l’extraordinaire importance de la forme dans la vie tant sociale que personnelle de l’être humain. « L’homme crée l’homme » – tel était mon point de départ en psychologie. « 

Alors après tout ça, j’espère qu’une once de curiosité s’emparera de vous !

Traduit du polonais par Georges Sédir / Folio / octobre 1998 / 400 pages / 9782070405718

Livres apparentés:

Le Procès, Kafka     Les Petits Soldats, Haenel

                   

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Catégories :L. Polonaise, LECTURES

6 réponses

  1. J’ai eu un coup de cœur pour « Les Envoûtés » moi aussi, et depuis j’ai relu des romans de Gombrowicz, mais pas celui-ci. C’est vrai qu’il faut s’accrocher, que c’est particulier et qu’on a peu de repères face aux romans de cet auteur, mais pour ma part je n’ai même pas besoin de ton billet pour que ma curiosité soit piquée (même s’il est très alléchant 😉 ) concernant « Ferdydurke ».

  2. En effet, tu as éveillée ma curiosité.

  3. Je lirai « Les envoûtés » avant, vu que je l’ai chez moi… mais je suis vraiment, vraiment curieuse. Tout pour me plaire, dans tout ça.

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