Le Poids du papillon

Le Poids du papillon de Erri De Luca

Erri De Luca ou comment faire jongler la poésie pure et dure avec la chasse !

Et oui, avec son dernier roman, même très court, Erri De Luca nous raconte une drôle d’histoire. Le Poids du papillon n’est autre que l’histoire d’une fascination: celle de l’homme pour un chamois et vis et versa.

Tout est dit. Et mon billet ne sera pas très long, un peu comme le roman.

Le Poids du papillon est court, simple et sans effusion de sentiments, intense et poétique, passionné et concis.

Il s’agit de l’histoire simple d’un chamois, chef de clan depuis des années. Il se fait vieux et ne redoute pas le duel inévitable avec les plus jeunes mâles. « D’une taille et d’une puissance exceptionnelles, l’animal pressent pourtant que sa dernière saison en tant que roi est arrivé ». A ces cotés, dans les montagnes abruptes, vit un braconnier vieillissant n’ayant pour dernier souhait que d’abattre le seul animal qui lui ait toujours tenu tête.

Ces deux récits mêlés l’un à l’autre par la nature, la harde des chamois, les plumes des corneilles et les roches coriaces, les états d’âme d’un homme qui n’attend plus rien de la vie, sont d’une puissance hors pairs. Perdus dans la lecture, nous sommes confrontés à un effet terrible: confondre le chamois et l’homme. C’est subtil et intrigant !

Les sabots des chamois sont les quatre doigts d’un violoniste. Ils vont à l’aveuglette sans se tromper d’un millimètre. Ils giclent sur des à-pics, jongleurs en montée, acrobates en descente, ce sont des artistes de cirque pour le public des montagnes. Les sabots des chamois s’agrippent à l’air. Le cal en forme de coussinet sert de silencieux quant il veut, sinon l’ongle divisé en deux est une castagnette de flamenco. Les sabots des chamois sont quatre as dans la poche d’un tricheur. Avec eux, la pesanteur est une variante du thème, pas une loi. 

Ces passages sont superbes. Ils m’ont tout de suite interpellés tellement la poésie et la justesse qui s’en dégagent sont parlantes.

On n’a plus jamais vu une jeunesse s’acharner à ce point pour renverser son assiette. Une assiette à l’envers ne contient presque rien, mais elle a une base plus large, elle est plus stable.

L’espèce humaine est dotée de bien peu de sens. Elle les améliore grâce au résumé de l’intelligence. Le cerveau de l’homme est un ruminant, il remâche les informations des sens, les combine en probabilités. L’homme est ainsi capable de préméditer le temps, de le protéger. C’est aussi sa damnation, car il en retire la certitude de mourir.

Bref, ce billet n’est finalement pas si court mais ces citations sont le meilleur exemple pour plébisciter ce roman très beau et touchant. Le titre, quant à lui, prend vraiment toute sa dimension la dernière page tournée.

A lire abusivement.

Traduit de l’italien par Danièle Valin / Gallimard / juillet 2011

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Catégories :LECTURES, Littérature Italienne

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