Octobre sera mélancolique

 

paris07 OCTOBRE d’Oscar Coop-Phane

Son portrait serait simple: 24 ans et déjà toute une vie parcourue. Trois romans à son actif dont le fameux Zénith Hotel, Prix de Flore 2012, mérité haut la main soit dit en passant. Ce roman, court, efficace et sans pathos, à la couverture éloquente paru aux éditions Finitude, met en lumière un auteur qui a soif des mots justes pour décrire une société sombre, oubliée mais tellement humaine; d’une humanité presque trop brutale.

 

En septembre, Oscar Coop-Phane nous dévoile Octobre, toujours sous la coupe des éditions Finitude. Et voici Jacques qui se dévoile tranquillement. Jacques, c’est « il », « je », « lui » ou peut être bien nous. Jacques est un mélancolique qui avance tranquillement pour profiter des instants furtifs (un instant n’est jamais très long me direz-vous) qui s’offrent à lui. Serait-ce un autoportrait de l’écrivain ? Lui seul le sait !

Mélancolie, dis-je, découragement du quotidien moderne et aseptisé, manque de poésie jusque dans les pierres parisiennes, réminiscence d’une enfance sans grand intérêt et dénonciation de la faiblesse contagieuse de nos contemporains au non-accomplissement personnel et psychologique, tout se mélange chez Jacques. Ne serait-il pas un exemple parfait d’une société qui cherche des repères de façon incessante, constamment ? C’est l’impression que j’ai eu en suivant les pérégrinations et les questionnements de ce personnage si dense.

Personnage complexe d’ailleurs qui semble fuir sa vie et son potentiel talent d’artiste peintre. Jacques est un promeneur solitaire à tendance dépressive.

Il n’y a donc pas de répit, pensait Jacques. Même lorsqu’on marche seul, avec son destin bien en poche, il y a toute cette aigreur qui vous happe. Ce n’est pas humain. Ce n’est pas humain de vivre ! On se pavane, le coeur percé. Parfois, une larme en coule et elle tombe en nous, au creux du ventre. Mais les larmes du coeur sont acides, au début, ce ne sont que de smogs d’estomac, puis, à force d’accumulation, elles vous rongent tout à fait. C’est de la mauvaise bile, celle qui dévore, qui troue les entrailles. Il faudrait une bonne lame pour tout évacuer. comme ça, quelques entailles bien placées et tout s’épancherait ; quelque chose d’un peu visqueux, d’un peu noir ; des litres de tristesses obscures, justifiées ou non, comme le poids d’une existence. Une petite marée solitaire, la vase d’une vie.

Mais Octobre n’en est pas pour autant un roman à se tirer une balle. Roman de la fuite permanente, de l’échappatoire quotidien, Oscar Coop-Phane fait partie de ces auteurs qui malgré leur jeunesse possèdent une richesse d’âme qui se diffuse allègrement dans leurs textes. Certes Jacques s’évade de tout mais cherche quelque part « un monde meilleur ». Quelle expression banale et abstraite ! Pour autant c’est bien le sujet, une quête d’un absolu inatteignable mais qui fait vivre tout un chacun dans l’espoir d’une vie paisible et choisie.

Coop-Phane serait-il un auteur qui prend plaisir à disséquer les états d’âme de ces personnages pour mieux parler de cette société actuelle ? Je le crois bien volontiers et c’est avec beaucoup de plaisir qu’Octobre c’est corné, plié et a vécu dans mes mains.

Un livre doit vivre en tant qu’objet avant d’attérir dans une bibliothèque, certes riche mais inerte pour la plupart. Octobre est vivant grâce à son histoire et au cachet de son éditeur.

Un auteur fascinant qui pioche à merveille dans les failles naturelles des hommes.

Octobre tout comme Zénith Hotel sont deux romans à découvrir sans attendre.

coop-phane-octobre Parution septembre 2014 aux éditions Finitude.

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Catégories :LECTURES, Littérature Française

3 réponses

  1. Je vois que tu es une inconditionnelle de l’auteur ! 🙂 Pour ma part, je suis moins enthousiaste que toi sur Octobre. Je n’ai pas aimé le personnage, trop fuyant justement. Je l’ai trouvé lâche. Il se plaint de son existence mais ne se donne pas les moyens de la changer. Cependant, en te lisant, je me dis que je suis peut-être passée à côté de l’essentiel. En tout cas, ton enthousiasme m’interpelle ! 🙂

    • J’avais beaucoup aimé Zénith Hotel en effet, Octobre confirme mes attentes. Ce que j’aime chez cet auteur c’est ce coté dépressif si bien dessiné. Pas super fun comme remarque mais j’aime les réflexions sur les états d’âme humain. Il me reste à lire Demain, Berlin qui par contre a une bien mauvaise presse.

Rétroliens

  1. Du beau monde en perspective « Mobylivres

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